Allocution de S.E.M. Béji Caïd ESSEBSI Président de la République A l’occasion du déjeuner offert en son honneur par le Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle

Monsieur le Directeur Général,

Excellences, Mesdames et Messieurs,

 

Je suis heureux d’être parmi vous aujourd’hui à l’occasion de ma participation au segment de haut niveau du Conseil des Droits de l’Homme. D’emblée, j’aimerais remercier le Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, Monsieur Francis GURRY, pour son aimable invitation et pour l’opportunité qu’il m’offre de vous retrouver dans ce haut lieu de la promotion de l’innovation et de la créativité pour le développement économique, social et culturel de nos pays.

 

La Tunisie est consciente de la place centrale de la science, de la technique et de l’innovation dans la réalisation de ses objectifs de développement, comme elle est consciente aussi du rôle catalyseur que peut jouer le respect de la propriété intellectuelle dans les dynamiques de croissance économique et de progrès social.

 

Nous aurons l’occasion, très prochainement, je l’espère, Monsieur le Directeur Général, lors de votre prochaine visite en Tunisie, de partager avec vous notre expérience dans ce domaine et d’explorer l’énorme potentiel de coopération que peut offrir l’OMPI à un pays qui s’emploie à mobiliser toutes les ressources pour réussir sa transition économique après avoir franchi des pas importants sur la voie de la consolidation de sa transition démocratique.

 

D’ailleurs, j’aimerais saisir cette occasion, Monsieur le Directeur Général, pour vous entretenir d’un sujet qui me tient à cœur : le rôle clé de la femme tunisienne dans ces transitions et surtout l’importance de l’égalité homme-femme, comme condition nécessaire pour la consolidation du processus démocratique et à la réalisation d’un développement inclusif, durable et harmonieux. 

Ma conviction, Mesdames et Messieurs, est qu’un tel développement reste tributaire dans une large mesure de l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes.

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les pays prospères et stables à travers le monde sont ceux où les femmes jouissent pleinement de leurs droits civils, politiques, économiques et sociaux.

 

Mesdames et Messieurs,

Comme je l’ai souligné ce matin de la tribune du Conseil des Droits de l’Homme, la Tunisie c’est aussi une longue Histoire faite par des femmes d’exception, dont la liste est longue d’ailleurs, des femmes qui ont marqué le pays par leurs empreintes, qui ont contribué toutes, au fil des siècles, à forger cette exception tunisienne et à ancrer dans notre culture cette tradition réformiste qui avait permis, dès le XIX siècle déjà, de soulever la question de l’émancipation de la femme.

 

D’ailleurs, c’est en s’appuyant sur cet héritage réformiste que le Président Bourguiba avait fait adopter en 1956 le Code du Statut Personnel au lendemain de l’indépendance de la Tunisie.

 

Un code qui a apporté une grande avancée à la condition féminine en Tunisie et donné à la femme une place inédite dans la société tunisienne et dans le monde arabo-musulman  en général.

Et les fruits de ces réformes entreprises il y a plus de 60 ans sont absolument spectaculaires: aujourd’hui la femme Tunisienne représente plus de 65% des diplômés de nos universités, 60.5% des médecins, 50% des professeurs universitaires et 42% des magistrats, pour ne citer que quelques chiffres.

Mesdames et Messieurs,

Sur le plan politique, la femme tunisienne joue également un rôle de premier plan. D’ailleurs, et il me plait toujours de dire, je suis le premier Président tunisien élu démocratiquement par une majorité de voix féminines.

 

En effet, près d’un million de femmes m’ont honoré de leur confiance en 2014 pour préserver le modèle sociétal tunisien mais également pour sauvegarder et affermir les droits et acquis de la femme tunisienne.

C’est parce que je suis redevable à toutes ces femmes que je me suis engagé sur la voie réformiste tracée par le Président Bourguiba.

 

C’est dans cette optique qu’il faudrait percevoir les diverses initiatives introduites lors de cette mandature, notamment la promulgation, en août 2017,de la loi organique sur la lutte contre les violences faites aux femmes, l’abrogation, en septembre 2017, de la circulaire de 1973 qui interdisait à la femme tunisienne de se marier à un non-musulman, ou encore l’adoption de l’approche genre dans toutes les politiques publiques, à l’instar du principe de parité dans les listes électorales.

Et c’est parce que je suis profondément attaché à cette tradition réformiste que j’ai soumis à l’Assemblée des Représentants du Peuple, dans le strict respect de l’article 72 de la constitution, un projet de loi portant sur l’égalité homme-femme dans l’héritage.

 

Un projet qui a suscité et qui suscite toujours un débat des plus passionnants – voire parfois passionnés aussi bien en Tunisie que dans le monde arabo-musulman.

Et ici je me permets de préciser à ceux qui estiment que cette égalité dans l’héritage serait inconstitutionnelle en vertu de l’article premier de la constitution stipulant que « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l'Islam est sa religion ….», à ceux-là je précise que «  La Tunisie est un Etat à caractère civil, basé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la primauté du droit » comme l’indique clairement l’article 2 de la constitution  et qu’en plus,  « les citoyens et les citoyennes, sont égaux en droits et devoirs. Ils sont égaux devant la loi sans discrimination aucune », comme le stipule l’article 21 de la même constitution.

 

Mesdames et Messieurs,

Ce projet de loi sur l’égalité homme-femme dans l’héritage sera examiné le 27 de ce mois en commission au Parlement.

 

L’aboutissement de ce processus, je l’espère, viendra illustrer le souffle de liberté consacré par notre Constitution, à la faveur de la tradition de réforme et de modernité qui a marqué l’Histoire de la Tunisie.

Il viendra, je l’espère renforcer la place de la femme dans notre société et lui donner les moyens de contribuer efficacement aux transitions politique et économique de la Tunisie.

Je vous remercie encore une fois, Monsieur le Directeur Général, de m’avoir invité à cette rencontre et vous remercie toutes et tous de votre attention.

 

Merci pour votre attention

 

 

                                                                                                    

 

المكان : جنيف
التاريخ: 25 فيفري 2019
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